Le lac Baïkal, le lac de tous les records

Inscrit au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO depuis 1996, « Mer Glorieuse, Baïkal sacré » célébré par la chanson que connaissent tous les irkoutiens, c’est le lac de tous les records.

Record d’ancienneté: à titre de comparaison, le lac Léman est vieux de 13 000 ans, le lac Baïkal est âgé de 20 à 25 millions d’années. Le Baïkal est un des lacs les plus vieux du monde.
Record de profondeur: 1 637 m (5 fois plus que le Léman).
Le plus gros volume d’eau douce de la planète: le lac Baïkal contient un cinquième des ressources totales d’eau douce dans le monde, l’équivalent du volume de la Baltique. Cela s’explique par ses dimensions : 630 km du nord au sud, près de 80 km de largeur.
Richesse exceptionnelle de sa faune: Des centaines d’espèces sont endémiques, telles que le célèbre Nerpa, phoque du Baïkal, venu à l’époque des glaciations.
Pureté de ses eaux: elle est telle que l’on voit jusqu’à 40 mètres de profondeur. Le Baïkal est non seulement le lac le plus riche et profond dans le monde, mais aussi le plus clair. Les sibériens ont surnommé le lac Baïkal la « Perle de Sibérie»

Le lac Baïkal est le lac le plus surprenant du monde, une création unique de la nature.
Vu du ciel, il ressemble à un croissant de lune bleu.
• Le plus grand lac d’eau douce. La superficie de ses eaux est de 31 500 km2, soit approximativement celle de la Belgique ou du Danemark. Sa longueur est de 636 km, sa largeur moyenne est 48 km, la largeur maximale fait 79,4 km.
• Le plus profond avec la profondeur moyenne de 730m (la maximale est 1647m), son volume d’eau représente celui des cinq Grands Lacs d’Amérique du Nord réunis.
• Un cinquième des réserves mondiales d’eau douce de surface.
• Le plus ancien lac du monde. 25 millions d’années ! L’âge moyen des lacs fait 10 mille ans.
• Le plus transparent. L’eau du lac contient peu de matières en suspension, c’est pourquoi sa transparence est unique. On a du mal à croire à la vue des pierres du fond, qu’elles sont à 40 mètres sous la quille.
• 336 rivières se jettent dans le Baïkal. Une seule rivière, l’Angara, y prend sa source.

Le Baïkal possède 6 grands golfes, le golfe Bargouzinski est le plus vaste avec sa surface de 725 km2 et sa profondeur maximale de 1 284 m. On y compte plus d’une vingtaine de baies: Listvénitchnaia, Pestchanaia, Babouchka, Bazarnaia… Parmi les 27 îles du lac, 5 sont submergées périodiquement. L’île d’Olkhone, la plus grande, s’étend sur plus de 70 km de long et jusqu’à 20 km de large, pour une superficie de 730 km2.

Jusqu’à présent, les scientifiques ne sont toujours pas tombés d’accord sur son origine. Les uns affirment que le Baïkal est né à la suite de dislocations tectoniques; les autres estiment que Il a été engendré par la compression graduelle de l’écorce terrestre; d’autres encore supposent qu’il est né de la fusion de plusieurs lacs anciens, ordinaires, et qu’il serait devenu aussi profond à cause des mouvements de l’écorce terrestre. Il est difficile pour l’instant de dire qui a raison.

Un autre miracle est l’extraordinaire variété de sa faune et de sa flore. On y compte 1385 espèces végétales et 1550 espèces animales dont 52 espèces de poissons. 250 d’elles sont endémiques.

L’une des raisons de la pureté de l’eau du Baïkal réside dans le fait que chaque goutte qui s’y écoule s’y décante durant des années. L’autre, dans le fait que le lac est habité par deux espèces d’organismes microscopiques dont une dévore le phytoplancton et les bactéries et l’autre extermine tout ce qui peut polluer les couches supérieures du lac.

Le mois de septembre est appelé ici, l’automne d’or ou l’été de bonnes femmes. Les couleurs de forêts avec les feuilles rouges, jaunes et les connifères qui restent toujours verts sont formidables. On respire bien, l’air est très transparent. Les matinées deviennent fraiche ou on commence à sentir que l’hiver n’est plus loin.

Le lac gèle assez tard. L’hiver prend du temps pour refroidir et geler toute cette grande quantité d’eau. Normalement il est tout pris de glace vers le 10 janvier. La glace reste jusqu’au mois de mai.

Plusieurs villes sont situées sur ses rives: Sludianka, Baïkalsk, SévéroBaïkalsk et Babouchkine, de même que les ports et les villages: Tankhoï, Vydrino, Oust-Bargouzine, Nijné-Angarsk, Khoujir et Listvianka.

Ainsi, vous savez maintenant que le Baïkal est un lac qui diffère de tous les autres par sa grande profondeur, par le volume et la pureté de son eau, par son ancienneté exceptionnelle – la « longévité » habituelle des lacs ne dépasse pas 10 000 ans, par sa faune – et, enfin, par sa beauté qui n’a pas son pareil !

Extraits du livre de Jules Verne : “MICHEL STROGOFF” , Chapitre X

Le lac Baïkal est situé à dix-sept cents pièds au-dessus du niveau de la mer. Sa longueur est environ de neuf cents verstes, sa largeur de cent. Sa profondeur n’est pas connue. Mme de Bourboulon rapporte, au dire des mariniers, qu’il veut étre appelé « madame la mer ». Si on l’appelle « monsieur le lac », il entre aussitôt en fureur. Cépendant, suivant la légende, jamais un Russe ne s’y est noyé. Cet immense bassin d’eau douce, alimente par plus de trois cents rivières, est encadré dans un magnifique circuit de montagnes volcaniques. Il n’a d’autre déversoir que l’Angara, qui, après avoir passé à Irkoutsk, va se jeter dans l’Yeniseï, un peu en amont de la ville d’Yeniseïsk. Quant aux monts qui lui font ceinture, ils forment une branche des Toungouzes et dérivent du vaste système orographique des Altaï.
Déjà, à cette époque, les froids s’étaient faits sentir. Ainsi qu’il arrive sur ce territoire, soumis à des conditions climatèriques particulières, l’automne paraissait devoir s’absorber dans un précoce hiver. On était aux premiers jours d’octobre. Le soleil quittait maintenant l’horizon à cinq heures du soir, et les longues nuits laissaient tomber la température au zéro des thermomètres.
Les premières neiges, qui devaient persister jusqu’à l’été, blanchissaient déjà les cimes voisines du Baïkal. Pendant l’hiver sibérien, cette mer intèrieure, glacée sur une épaisseur de plusieurs pièds, est sillonnée par les traineaux des courriers et des caravanes.
Que ce soit parce qu’on manque aux bienséances en l’appelant « monsieur le lac » ou pour toute autre raison plus météorologique, le Baïkal est sujet à des tempêtes violentes. Ses lames, courtes comme celles de toutes les Méditerranées, sont très redoutées des radeaux, des prames, des steamboats, qui le sillonnent pendant l’été.(…)

ANGARA FILLE DE BAÏKAL
Qui à l’époque ancienne était un preux le plus brave et fort dont le monde avait peut et qui était le plus respecté? Baïkal chenu, géant sévère! Il était célèbre pour ses richesses dues à yassak que plus de 300 braves lui amenaient. Olkhone, ami de Baïkal se chargeait de l’avoir à temps.
Difficile à imaginer à quoi le Vieux aurait pu dépenser toute cette fortune s’il n’avait pas sa fille unique Angara, belle, aux yeux bleus, capricieuse. Ce que son père gardait depuis des années dans sa trésorerie elle dépensait à un coup d’oeil.
Parfois, on la grondait:
– Tu jette au vent toutes ces richesses, pourquoi?
– C’est rien, cela servira pour du bien à quelqu’un, souriait Angara. Son coeur était généreux. Mais elle avait aussi les trésors sacrés qu’elle gardait depuis son enfance dans un coffret bleu en cristal. Restant seule dans son chateau Angara aimait les contempler. Et personne ne savait ce au’il y avait dans cette boite. La jeune fille la gardait en secret.
C’est seulement son père, Baïkal, était au courant que ce coffret était bien rempli du colier maique des pierres précieuses. Ce trésor avait une force étonante. dès que Angara le sortait, il scintillait des couleurs si brillantes et belles que même le soleil se flétriait davant lui.
Pourquoi elle ne voulait jamais le mettre? Ca, elle n’avoué qu’à sa nourisse Todokté.
– Je le mettrai pour mon bien-aimé, quand je l’aurai.
Les jours passaient, mais Angara n’a pas encore trouvé son ami. Elle a brouyé du noir. Tout autour la chagrinait et la faisait souffrir. Il n’est rien resté de l’humeur enjouée de la belle. Baïkal a remarqué ce changement dans sa fille et a deviné qu’elle avait besoin d’un bon mari. Le père a annoncé à son entourage noble qu`il cherchait un fiancé pour sa fille.
Ceux qui voulaient s’apparenter au puissant Baïkal étaient nombreux, mais Angara a refusé à tous. Pour elle l’un n’était pas assez intelligent, l’autre pas assez beau. Un jour, un jeune duc Irkout accompagné d`une grande suite est arrivé au domaine de Baïkal pour tenter sa chance. Mais Angara a jeté un regard indifférent à ce beau jeune homme. Que faire!
Irkout s’apprêter à rentrer chez lui, mais Baïkal l’a arrêté :
– Ne te presse pas, reste chez moi un peu plus.
Et il a organisé un festin de roi qui durait quelques jours et nuits à l’honneur de son hôte. Avant de se quitter Baïkal a dit à Irkout :
– Bien que ma fille ne soit pas tombée amoureuse de toi tu me plais et je ferai tout mon possible pour que tu sois mon gendre. Compte sur moi.
Irkout était très heureux d’entendre ces mots. Et Baïkal s’est mis à persuader Angara. Sa fille était implacable. Mais voilà le temps de la grande fête d’été Sour-Kharban est arrivé. C’était une fête très solennelle qui réunissait toujours beaucoup de monde. Les concours ont déjà commencé quand le dernier hôte est apparu.
C’était un brave duc Yenissei, descendant d’un preux honnête, Saïan. Il était entouré des regards curieux parce qu’il avait surpassé tous ses concurrents en tir à l’arc, en lutte et en course.
Son habilité, sa beauté ont frappé Angara. Yenissei était aussi charmé par la fille du vieux Baïkal. Il s’est approché d’elle, a fait un salut et a prononcé :
– Toutes mes victoires sont pour toi, belle fille de Baïkal.
La fête a fini et les hôtes partaient, Yenissei a quitté aussi le domaine de Baïkal. Dès là, le chagrin d’Angara s’est enforcé. Baïkal a supposé que c’était Yenissei qui manquait à sa fille, mais il a décidé de tenir sa promesse et de la faire épouser Irkout le plus vite possible. Un jour il a annoncé :
– Ma chérie, tu ne trouveras pas le fiancé meilleur qu’Irkout, accepte donc sa proposition.
– Jamais ! Je vais mieux vivre seule toute ma vie ! – s’est opposée Angara.
Baïkal a crié avec colère après sa fille :
– Non, ça sera comme je le veux !
Alors, il a ordonné à son preux Olkhone de surveiller sa fille pour qu’elle ne puisse s’évader. Un jour Angara a entendu deux mouettes parler du beau pays de Yenissei:
– Que c’est beau, que c’est vaste et libre ! Quel bonheur d’habiter ce pays !
Angara s’est ennuyée encore plus :
– Je voudrais aussi vivre avec Yenissei dans son pays. Pour lui, j’aimerais mettre mon collier miraculeux.
Baïkal a donné un nouvel ordre au preux Olkhone : enfermer Angara dans un palais rôcheux jusqu’elle accepte de devenir la femme d’Irkout. Le père ne lui a laissé que son coffret avec le collier parce qu’elle devait être belle devant son fiancé.
Angara est tombée sur les pierres du palais rôcheux et s’est mise à pleurer à chaudes larmes. Puis elle s’est calmée et s’est adressée à ses frères : grand et petits ruisseaux.
– Mes chers amis, ne me laissez pas ici, dans cette prison grise. Mon père est sévère, mais je n’ai pas peur de son interdiction et je veux m’enfuire chez mon bien-aimé Yenissei. Aidez-moi à prendre la clé des champs.
Les grands et petits ruisseaux ont entendu la demande d’Angara et se sont précipité à son aide. Baïkal, fatigué, dormait profondement cette nuit-là. Le preux Olkhone était aussi dans le sommeil en ayant confiance en forte fermeture du palais.
Les ruisseaux ont débrayé le chemin à Angara. Olkhone s’est aperçu l’absence d’Angara et ses cris inquiets sont parties dans des directions différentes. Baïkal s’est levé et s’est crié après la fuyarde :
– Arrête-toi, ma fille ! Aie pitié de ton vieux père, ne me quitte pas !
– Non, mon père, je m’en vais, – a répondu Angara.
– Tu n’es plus ma fille si tu oses me désobéir.
– Je suis ta fille, mais je ne veux pas être esclave. Adieu, mon père !
– Attends, je pleure toutes les larmes de mon coeur pour ce malheur.
– Moi, je pleure aussi, mon père, mais je pleure de joie ! Maintenant je suis libre !
– Tais-toi, infidèle, – a poussé un cris de colère Baïkal, en voyant qu’il perdait sa fille pour toujours.
Il pris une grande rôche et l’a lancée avec beaucoup de force après la fuyarde, mais il était déjà trop tard. Baïkal avait beau se déchaîner et faire rage. Olkhone avait beau courir à travers les montagnes. Ils ne pouvaient plus atteindre et saisir la fujitive. Elle s’éloignait en serrant son coffret précieux contre sa poitrine. Tout à coup elle a vu un cavalier galoper pour lui couper le chemin. C’était Irkout qui allait à toute bride pour rattraper sa fiancé.
Angara a ressemblé toute ses forces et s’est livrée passage à travers les obstacles d’Irkout. Quand elle a vu Yenissei elle s’est mise le plus beau collier miraculeux. C’était ainsi que le brave duc Yenissei l’a rencontré.
– Rien et personne ne peux nous séparer maintenant. Et notre amour va durer toujours. – a dit Yenissei.
– Je serai ta femme fidèle, – a ajouté Angara. – Quant à ce collier que je gardait pour toi, nous le distribuerons parmis les gens pour qu’ils en reçoivent la joie et le bonheur.
Yenissei a pris la main d’Angara et ils sont partis ensemble le long du chemin bleu bien ensoleillé.
Cette histoire a eu lieu il y a très, très longtemps. Les larmes de joie ou de malheur versées par Baïkal, Angara, Yenissei et Irkout se sont transformées en eaux. Ce n’est que l’insensibilité qui reste comme une pierre. Le preux Olkhone, qui ne connaissait pas de larmes, s’est transformé en une énorme pierre, une grande île.
Les gens ont appelé la rôche que Baïkal avait lancé La Pierre de Chaman.

HYMNE DU BAÏKAL
Connue de tous les Russes, cette chanson parle des faits anciens. Parfois, les bagnards arrivaient à s’enfuire et à traverser le Baïkal dans un tonneau. La voile, c’était leur caftan (veste) que Bargouzine, un des vents violents du lac, gonflait. Souvent, dans nos familles, celles qui habitent autour du lac, on peut entendre chanter cet hymne à la table de fête. Et c’est pas aux malheurs de ces baignards qu’on pense, mais à la grandeur du Baïkal, à sa générosité et, à la fois, à son caractère bien sévère.
Glorieuse mer – Baïkal sacré!
Glorieux navire – tonneau d’omoul!
Et! Bargouzine, soulève la vague,
Le brave atteindra bientôt le rivage.
Longtemps j’ai porté de lourdes chaînes,
Longtemps j’ai érré dans les montagnes Akatoui;
Un vieil ami m’a aidé à fuir.
J’ai repris courage, sentant la liberté proche.
Jour et nuit je marchais,
L’oeil vigilant à l’approche des villes.
Les paysannes me donnaient du pain,
Les gars – du tabac.
Glorieuse mer – Baïkal sacré!
Glorieuse voile – vieux caftan.
Et! Bargouzine, soulève la vague,
Le brave atteindra bientôt le rivage.

LE TONNEAU D’OMOUL
Cette histoire a eu lieu il y a très, très longtemps. A l’époque, déjà les Russes pêchaient l’omoul dans le lac Baïkal. Ils étaient tout aussi braves que les autochtones: les Bouriates , les Evenks…
Le premier parmi les pêcheurs était papi Savéli, comme tout le monde l’appelait. Baïkal le nourissait depuis qu’il était né. Savéli connaissait bien son métier: trouver le bon endroit et le bon moment pour la pêche, ainsi que diriger les autres pêcheurs. Il était né au village de Kabansk, et tous à la Mer Sacrée savaient que c’est là que vivaient les meilleurs pêcheurs.
Un soir, après une bonne pêche, les hommes mangeaient la soupe à l’omoul et bavardaient. Ils parlaient des poissons, de leurs habitudes, des mystères du Baïkal. Parmi tous ces pêcheurs il y avait un jeune homme, toujours curieux et prêt à écouter toutes ces histoires des heures entières. Il s’appelait Garanka, n’était pas originaire de la région et c’est pour cela qu’il voulait tout savoir sur la Mer. Ce n’est pas par hasard qu’il était toujours à côté de papi Savéli. Cette fois-là, il lui demanda: « Est-ce que c’est vrai que les vents du Lac ont un pouvoir sur les poissons? »
Savéli ne s’est pas pressé pour repondre. Il a regardé Garanka et à son tour lui a demandé: – « T’as déjà entendu parler de l’histoire du tonneau? »
Le jeune homme s’est étonné encore plus: – « C’est quoi ce tonneau, je ne suis pas au courant! » – « Un tonneau d’omouls! Il est particulier, ce tonneau: Il est miraculeux… »
Garanka en a eu le souffle coupé et s’est mis à exhorter le vieux à lui raconter cette légende. Sans se presser Savéli a bourré sa pipe, l’a allumée et, ayant remarqué que tout le monde le regardait et attendait la suite, il a commencé son histoire…
… Les vieux la racontaient et, moi, je les crois. Il y a très, très longtemps les Grands Vents, Koultouk et Bargouzine, dirigeaient les poissons. Ils étaient bons amis, mais laids, horribles, vous ne pouvez pas imaginer! Les cheveux ébouriffés, ils crachaient de la mousse tout le temps et, quand ils allaient se promener, on ne voyait plus le soleil. Ils aimaient beaucoup se rendre visite l’un à l’autre, s’amuser ensemble et, pour cela, ils avaient un jouet miraculeux: le tonneau d’omoul…
C’était un tonneau tout simple, banal, que tout tonnelier pouvait fabriquer, mais la puissance qu’il possédait était extraordinaire. Là, où il allait, les bancs d’omoul se précipitaientt à sa suite.
Cela amusait bien les géants.
Souvent Bargouzine venait chez Koultouk amenant avec lui ce tonneau. Il le montrait à son ami sur la crête des vagues puis se vantait:
– Regarde, tous ces poissons que j’ai rassemblés! Des tas et des tas! Voyons si tu peux en faire autant!
Et le jeu commençait, ils se lançaient le jouet l’un, l’autre. Les bancs d’omouls suivaient toujours le tonneau, en allant soit au sud, soit à son nord du Baikal.
Un jour, Koultouk et Bargouzine sont tombés amoureux de Sarma, le vent montagnard, la maîtresse de la Petite Mer, l’endroit séparé du lac par l’île d’Olkhon. Elle possédait ses espaces pour elle seule.Hélas, Sarma avait un très mauvais caractère: quand elle se baladait sur le lac, elle inspirait plus de peur que ses deux amoureux. Il était bien difficile pour elle de choisir entre les deux fiancés et, pour fixer son choix, elle imagina une épreuve: – “J’aimerai avoir comme cadeau votre merveilleux jouet! Celui qui me l’offrira, sera mon mari.”
Son caprice n’a pas paru bien difficile à nos preux: il fallait tout juste juste se saisir du tonneau et l’amener le plus vite possible à la Petite Mer. Mais ils ne savaient pas encore quelle guerre cela allait déclencher. Dès que Bargouzine a saisi le tonneau, Koultouk le lui a pris. Personne ne voulait céder. Ils se sont tellemnt acharnés, que partout sur le Baïkal on entendait leur dispute. Le tonneau a beaucoup souffert en volant de l’un à l’autre.
Un jour cependant, ils ont réussi à l’attraper en même temps. Chacun tirait de son côté, et, comme ils étaient tous les deux très forts, personne ni ne cédait ni ne gagnait. A un moment, le tonneau leur a échappé des mains et a disparu. Fâchés et véxés, les géants se précipitaient de tous les côtés en le cherchant en vain.Beaucoup plus tard, enfin calmés, ils ont conclu qu’il reparaîtrait tout seul. Les jours, les semaines, les mois se passaient, point de tonneau. Les Vents-Preux se perdaient en conjectures: » Mais ou est-il? « .
C’est bien plus tard que le sage Baïkal leur a avoué qu’il avait caché le tonneau dans ses profondeurs. Le cadeau qu’il avait fait aux Vents ne leur apportait que des bagarres.
Sarma, ayant appris la nouvelle, a décidé de ne pas se marier du tout. – « Je suis plus forte que vous, un jour je l’aurai ce tonneau! »
Aujourd’hui encore Koultouk et Bargouzine ne veulent rien savoir l’un de l’autre. Chacun cours son chemin, même si, par vieille habitude, ils effectuent des raids, c’est toujours chacun à son tour, ayant bien soin de ne pas se rencontrer. Et chaque fois, ils regardent attentivement les eaux en espérant d’y trouver le tonneau. Hélas, personne ne sait où il est…
C’est par ces mot que le vieux Savéli a fini son récit. Garanka a repris haleine:
– En effet, peut-être que c’est Sarma qui possède maintenant le tonneau d’omoul?
Tout le monde sait qu’il y a plus de poissons à la Petite Mer qu’ailleurs.
– Il n’y aurait rien d’étonnant. Sarma est la plus forte, Baïkal lui-même en a peur et obéit à tous ses désirs. – Savéli a fixé de son regard les montagnes à l’horizon.
L’histoire de ce tonneau a profondement touché le garçon. Toutes les nuits il rêvait de le posséder et de le mettre au service des hommes.
Le mois d’avril est arrivé. Les pêcheurs étaient dans la baie de Bargouzine, et même s’ils travaillaient beaucoup, cette fois, la chance les avait quittés. Le filet était presque vide. Quelqu’un a proposé d’aller tanter la chance à la Petite Mer. Une fois installés dans la baie de Koulkout, ils se sont mis à préparer les agrès pour la pêche. L’endroit était très beau. De grandes roches, la taïga, les mouettes et les cormorans volaient sur la surface du lac. Le soleil était tout doux, l’air sentait le miel.
Mais, en regardant le ciel, le vieux Saveli a dit d’un air sombre: – « On n’aura pas de chance aujourd’hui. Vous voyez, au-dessus du col, le brouillard ressemblant aux anneaux blancs se lève. Sarma va venir.”
Les hommes ont juste eu le temps d’enlever leur cabane, les engins de pêche, de se cacher dans une grotte, que le ciel est devenu tout noir et que le vent monstrueux s’est précipité sur le lac. Les arbres sur la côte craquaient, la Petite Mer hurlait, les grandes pierres tombaient des falaises dans l’eau. Alors, Garanka a vu la tête gigantesque d’une femme au-dessus des eaux. Elle était toute ébouriffée (hirsute), les joues tremblantes, la bouche soufflant du brouillard.Une créature épouvantable!
– Comment tu la trouves, Sarma? Est-ce qu’elle t’a plu? – a demandé avec sourire le viellard à Garanka.
– Oh, papi, j’aurais préféré ne jamais la voir, ni la rencontrer.
– Chacun voit la beauté à sa manière. Toi, tu la trouves laide, mais pour Bargouzin et Koultouk, on ne trouverait pas plus belle. Plus tard, le temps s’est calmé. Le soleil brillait de nouveau. Quand les pêcheurs ont quitté leur refuge, ils ont tout de suite remarqué non loin d’eux un tonneau que les vagues avaient échoué sur le sable. Tous ont eu la même pensée : et si c’était ce miraculeux tonneau d’omouls qu’autrefois les Vents ont perdu. Mais personne n’osait le dire. Juste Garanka se risqua: – Papi, … c’est lui, non?!
Aussitôt, ils ont vu arriver des milliers d’oiseaux qui plongeaient dans l’eau à côté du tonneau en y attrapant des poissons.
C’était un bon signe! Là, tout le monde a compris que la chance était avec eux maintenant.
Les pêcheurs ont déployé leur filet dans l’eau, ensuite, ont commencé à le tirer vers le bord. Mais ils n’y arrivaient pas, tellement il y avait de poissons. Ils ont dû même déchirer le filet pour réussir à le sortir de l’eau. Le soir, après l’avoir réparé, ils ont recommencé la pêche avec le même succès.
Au petit matin, après une nuit sans sommeil le vieux Savéli a proposé:
– Les gars, on a pas le choix, nous devons laisser le tonneau au Baïkal, pour qu’il se balade dans ses eaux.
– Mais tu es fou, la chance est avec nous et toi, tu proposes de nous en débarasser. Personne n’a jamais vu autant de poissons. On pourrait fournir en omouls le monde entier avec ce tonneau. – Garanka était tout révolté.
– Ce n’est pas çà, le bonheur. Il y a beaucoup de poisons, certes, mais nous, nous n’avons pas besoin de tout prendre. Il est mieux d’en avoir moins à la fois mais de pouvoir le pêcher tout le temps. Il ne faut pas être avare comme l’a été Sarma. Elle ne voulait plus du tonneau et nous l’a jeté.
A contrecoeur, les hommes ont fini par le lancer dans la mer. Les vagues l’ont attrapé et l’ont porté au loin ,très loin. Brusquement, le ciel s’est couvert à l’horizon, la grande tête de Bargouzine s’est levée et ses mains ont saisi le tonneau. Il crachait de la mousse, le spectacle n’en était pas moins captivant. A la fin, le géant a lancé le jouet bien loin et a disparu. Quelques instants après, c’était lu tour de Koultouk de venir. Lui, non plus, n’a pas gardé longtemps le tonneau dans ses bras: il l’a lancé vers Bargouzine.
– C’est la paix qui est revenue entre les vieux amis. Ils joueront comme autrefois. Et nous, nous pourrons pêcher comme avant. Si on travaille bien, on aura notre pêche. – a soufflé Savéli.
Sans rien dire Garanka, souriant, est allé préparé les filets. Son rêve s’était réalisé, il avait vu les Trois Géants de sa Mer Sacrée.